Le taux de refus d’indemnisation pour faute intentionnelle grimpe chaque année. Derrière ces chiffres, des familles, des entrepreneurs, des automobilistes parfois désemparés face à la mécanique implacable des assureurs. Pourtant, la loi n’a rien d’un couperet automatique : tout se joue sur la capacité à qualifier et à prouver la faute, une subtilité que trop de dossiers ignorent, souvent au détriment des assurés.
Comprendre la faute intentionnelle et la faute inexcusable en droit des assurances
La confusion entre faute intentionnelle et faute inexcusable nourrit les tensions dans les litiges d’assurance. Deux concepts, proches sur le papier, mais dont l’impact diverge radicalement selon la situation. L’article L. 113-1 du code des assurances trace une ligne ferme : aucune assurance ne prend en charge un acte commis délibérément pour provoquer un dommage.
Pour parler de faute intentionnelle, deux critères doivent être réunis : il faut d’abord une volonté claire de nuire, l’intention de causer le dommage,, mais aussi l’entière conscience de la portée de l’acte. Les juges attendent des éléments concrets, refusant de s’arrêter à la simple erreur, au manque d’attention ou à la prise de risque inconsidérée. Les textes législatifs, qu’il s’agisse du code des assurances, du code du travail ou de la sécurité sociale, cadrent strictement ce terrain, surtout en matière de responsabilité civile ou lorsqu’il s’agit de juger la faute inexcusable de l’employeur.
La faute inexcusable, quant à elle, exige que l’employeur ait eu conscience du danger sans avoir pris les dispositions nécessaires. La jurisprudence renforce cette différence : l’intention de nuire n’est pas requise. Mais attention, en assurance responsabilité civile, dès lors que l’assuré a sciemment provoqué un préjudice, la garantie saute, sauf à démontrer le contraire.
Pour clarifier ces notions, voici les critères majeurs à retenir :
- Élément moral : il doit être prouvé que la volonté de causer le dommage existait.
- Élément intentionnel : l’auteur était pleinement conscient de son acte et de ses conséquences.
- Faute inexcusable : le risque était connu, mais aucune mesure sérieuse n’a été prise pour l’éviter.
En droit des assurances, la notion de faute irrigue tout le contentieux, du geste maladroit à l’acte réfléchi. Les arrêts de la cour de cassation insistent sans relâche : seule une preuve claire et solide justifie l’exclusion de garantie.
Faute intentionnelle ou faute inexcusable : quelles différences fondamentales ?
Derrière des mots qui se ressemblent, c’est tout un régime de responsabilité qui change de visage. La faute intentionnelle repose sur une volonté délibérée de nuire, là où la faute inexcusable sanctionne l’acceptation consciente d’un risque grave, sans l’intention formelle de causer du tort.
Celui qui commet une faute intentionnelle sait parfaitement ce qu’il fait et poursuit sciemment le résultat dommageable. Cette notion est d’ailleurs adoptée par le code pénal et par le code des assurances : toute protection saute dès lors que la volonté de nuire est établie, qu’il s’agisse d’une assurance responsabilité civile ou d’une couverture professionnelle.
À l’inverse, la faute inexcusable se manifeste lorsqu’un employeur, conscient d’un danger, choisit de ne rien faire. En matière d’accident du travail, la jurisprudence retient la faute inexcusable sans qu’il soit nécessaire de prouver une intention de nuire. C’est la gravité de l’abstention qui compte, pas l’intention. L’assurance continue de fonctionner car le seuil de la volonté délibérée n’est pas franchi.
Pour éviter les confusions, il est indispensable de bien distinguer la faute de négligence (ou d’imprudence) de la faute intentionnelle. La première est affaire d’erreur ou d’inattention, la seconde relève d’un choix assumé et réfléchi. Ce n’est pas qu’une question de vocabulaire : l’indemnisation, la gestion du risque et l’issue judiciaire peuvent en dépendre.
Comment prouver une faute intentionnelle en trois étapes clés ?
Prouver une faute intentionnelle impose une méthode rigoureuse, largement balisée par les arrêts de la cour de cassation. Trois étapes structurent cette démonstration, chacune étant indispensable pour engager la responsabilité de l’assuré, que ce soit devant la justice civile ou pénale.
1. Identifier l’élément intentionnel
Tout commence par la démonstration de l’élément intentionnel. Il ne s’agit pas de sanctionner une simple imprudence. Il faut prouver que l’auteur de l’acte visait délibérément le résultat dommageable, suivant la logique du code pénal. Les juges examinent le contexte avec minutie : antécédents, déclarations, tensions préexistantes peuvent constituer autant d’indices à charge.
2. Établir l’élément matériel
Ensuite, il faut des preuves concrètes de l’action ou de l’omission qui compose la faute. Rapports d’experts, témoignages, images, échanges écrits, tout élément matériel permettant de certifier l’acte est à verser au dossier. Sans cette base factuelle, l’intention demeure théorique et la faute intentionnelle n’est pas caractérisée.
3. Relier l’intention à l’acte
Enfin, il s’agit de démontrer le lien direct entre l’intention et le préjudice survenu. Seule une articulation sans faille entre volonté, acte et dommage emporte l’exclusion de la garantie. Les magistrats reconstituent la chronologie, analysent chaque décision, vérifient la cohérence des faits. Cette étape verrouille la preuve, conformément à l’article L. 113-1 du code des assurances.
Quels recours pour l’assuré face à une exclusion de garantie ?
Se voir opposer une exclusion de garantie pour faute intentionnelle, c’est souvent affronter la rigidité d’un contrat d’assurance qui laisse peu de marge de manœuvre. L’assureur s’appuie sur l’article L. 113-1 du Code des assurances pour refuser d’indemniser tout dommage causé volontairement. Pourtant, il existe des leviers pour réagir.
Avant tout, il faut relire attentivement la clause d’exclusion insérée dans la police d’assurance. Cette clause doit être claire et précise. Dès que la formulation laisse place au doute, la jurisprudence privilégie l’assuré. Un échange argumenté avec l’assureur s’impose alors pour discuter de la qualification de la faute : s’agissait-il vraiment d’un acte délibéré, ou simplement d’une imprudence ou d’une négligence ? La frontière reste mouvante, et chaque mot compte.
Voies de contestation
Voici les solutions concrètes à disposition pour tenter de faire valoir ses droits :
- Solliciter l’intervention du médiateur de l’assurance. C’est un processus gratuit, qui permet de renouer le dialogue et, parfois, d’aboutir à un compromis.
- Engager un recours devant le tribunal judiciaire, à condition d’avoir rassemblé des preuves solides pour démontrer l’absence d’intention ou contester l’application de la clause d’exclusion.
Dans les litiges liés à la faute inexcusable (notamment après un accident du travail ou en cas de maladie professionnelle), la situation diffère : il est possible d’obtenir réparation même si la faute est reconnue, en vertu de l’article L. 452-1 du code de la sécurité sociale. Ce mécanisme vise à protéger les victimes sans pour autant franchir la barrière de la volonté délibérée. Entre protection de l’assuré et limites posées par l’assurance, l’équilibre reste précaire.
Au terme du parcours, une certitude s’impose : la faute intentionnelle ne tolère aucune approximation. Chaque mot du contrat, chaque preuve, chaque détail du dossier peut faire basculer le sort d’une indemnisation. Dans ce bras de fer juridique, l’intention n’est jamais un détail, c’est la boussole qui oriente le droit, l’assurance, et parfois le destin des assurés eux-mêmes.


